jeudi 23 septembre 2010

A L'ENVERS LE MONDE !

Nous entendons partout que les gouvernements doivent "prendre des mesures pour rassurer les marchés financiers".
Le peuple doit se serrer la ceinture et cracher un peu plus au bassinet pour que nos pays dépensiers soient bien notés et qu'on nous prête notre propre argent à un taux pas trop élevé... Mais ce sont ces marchés financiers et leurs agences de notation qui ont besoin d'être rassurés... Et personne ne s'insurge contre ces inepties. Le conditionnement a bien porté ses fruits! Ce ne sont pas ces marchés qui ont besoin de notre force de travail et de notre argent que nous mettons dans leurs coffres avec la plus grande confiance. C'est nous qui avons besoin de leurs spéculations, de leurs bulles financières, de leurs produits toxiques et du travail qu'ils nous donnent et pour lequel nous devrions les remercier, car ils pourraient bien aller ailleurs! Diviser pour mieux régner: les vieilles recettes marchent de mieux en mieux!
Ce sont eux qui ont mis des millions de personnes à la rue, sans assurances retraites, sans maison, sans travail et leur envoie aujourd'hui les huissiers et la police pour récupérer ce qu'ils peuvent au milieu des haillons.
Ce sont eux qui poussent chaque pays vers des réflexes protectionnistes, des politiques xénophobes, voire autistes, faisant grandir chaque jour l'insécurité, la misère et l'intolérance au quotidien... Et ce sont eux qui ont besoin d'être rassurés afin de bien nous noter! Si nous sommes dociles et payons pour leur incurie, leurs expériences aveugles, leurs jeux irresponsables et destructeurs, ils pourrons continuer à jouer. Mais nous aurons le droit de payer à nouveau, très prochainement, et encore plus cher, les conséquences de ce grand Monopoly planétaire. Pas tout de suite, non ! La machine a été relancée pour quelques temps grâce à l'aide généreuse de nos Etats! Le bénéfices ont repris et restent privés. Attendons la prochaine crise et les pertes, elles, seront à nouveau collectivisées.
Car c'est bien nous les gaspilleurs, qui jouons avec le feu, qui rêvons de social, de solidarité, d'égalité et autres foutaises qui coûtent trop cher ! Voyons, revenons à la raison (du plus fort). Soyons dociles et nous serons bien notés... Soyons bien notés, et ils seront assurés encore quelques temps d'avoir de jolis dividendes.

mercredi 5 mai 2010

DICTATURE ECONOMIQUE ET CAPITALISME TOTALITAIRE


Moi qui ai un mal fou avec les chiffres, je rêverais - s'il y avait une deuxième vie - d'être économiste...
Ainsi, j'écoutais une émission sur Honkong, qui montrait par quel mécanisme l'appétit insatiable capitaliste mènera bientot ce pays comme bien d'autres à être dévoré par la Chine. Les chinois ont l'air d'avoir tous les atouts en main. Sans bruit, patiemment, ils rendent les pays capitalistes débiteurs. Ils leur vendent des produits manufacturés à bas prix grace à l'organisation communiste et entassent des liquidités qu'ils prêtent à ces pays toujours plus endettés. Ces derniers en ont cruellement besoin et se retrouvent enchaînés à des plans de remboursement bien verrouillés. Débiteurs un à un, ils deviennent peu à peu dépendants, redevables, craignant que la Chine ne leur coupe les subsides qui permettent au système de continuer à mener grand train. Le système capitaliste semble aujourd'hui hors de contrôle, comme le prédisait Marx. Les produits financiers s'auto-engendrent par "titrisation. C'est un véritable cancer financier qui se déploie en dehors de toute réalité financière, de tout support matériel, dans une sorte de réaction en chaîne qui échappe aux politiques et qui condamne les marchés financiers à poursuivre cette course vers une inévitable explosion. La Chine pourra elle bientôt ramasser les morceaux et renforcer cette dictature de l'économie au lieu de la subir? Là-bas, il y a un pilote dans l'avion capitaliste: c'est l'Etat totalitaire.

dimanche 25 avril 2010

Ignorance-Haine-Amour


Si j'ignore que je hais ce que j'aime cela fait retour dans le réel.
Si l'on n'écoute pas la haine que je ressens face à l'excitation qui m'envahit, je hais l'autre pour qu'il me haïsse et me mette à la distance qui m'était nécessaire et qu'il n'a pas su instaurer.

samedi 3 avril 2010

"Le cognitivisme ça sert à faire la guerre!"


Article de Thierry Fromentin
http://www.freud-lacan.com/article/article.php?url_article=tflorentin290310#

La troisième vague, tel est le titre d'un des derniers ouvrages francophones destiné à présenter le cognitivo-comportementaliste, à la suite du cognitivisme et du comportementalisme.

S'agit il d'une vague d'assaut ?

Avons-nous suffisamment pris conscience, les uns et les autres, que nous n'avons ici pas seulement affaire à des théories, faut-il encore prouver qu'elles existent, à une pratique, ni même à des applications, mais à un programme.

Et que ce programme, qui revendique son appui sur les neurosciences, est en train de s'emparer à petit pas du contrôle plein et entier d'un certain nombre de domaines majeurs de la vie, individuelle, publique et collective, et pas seulement la vie psychique.

Pas seulement la psychanalyse, même si celle-ci se trouve être dans sa première ligne de mire.

Avez-vous par exemple entendu parler du Law and neurosciences project, fruit de la coopération entre plusieurs universités et administrations américaines, qui se donne pour objectif d'utiliser les données de l'imagerie cérébrale comme preuve à charge afin de démontrer la culpabilité d'un suspect, sa responsabilité pénale, ou ses tendances déviantes, afin de parvenir à changer les lois aux Etats-Unis (1) ? Connaissez vous leur devise ? The time is now, "le moment est venu".

Nous assistons à l'extension hégémonique d'un scientisme des temps nouveaux, sous sa forme la plus moderne, le neuroscientisme.

Le cognitivo-comportementalisme en est un de ses fers de lance, sans en être pour autant le seul.

Quelle en est sa visée ?

Parvenir à constituer un homme nouveau, littéralement un changement de la nature humaine.

Ceux qui auront appréciés les grands évènements du XXème siècle que furent le nazisme et le stalinisme sauront reconnaitre la patte inhérente à tout système totalitaire.

Et notre fascination, la fascination collective pour ce type d'entreprise, la servitude volontaire, montre que nous, l'espèce humaine, justement, l'affaire homme disait Romain Gary, n'avons non seulement su tirer aucune leçon du passé, mais que nous sommes prêts à en redemander.

Cette fois cependant, il n'y aura besoin d'aucune violence ni contrainte pour nous l'imposer, le neuromarketing, aux techniques déjà bien rodées, ayant quant à lui largement et au-delà de ses espérances, réussi sa percée et son implantation durable dans nos vies et dans nos habitudes de consommation. Il suffit de se promener dans les allées d'un supermarché, pour que vos sens olfactifs, visuels, et auditifs, soient pris en charge de façon subliminale pour amener vos pas là où il a été décidé de vous emmener.

Et la neuroéconomie ?

L'ultra libéral Guy Sorman nous donne les linéaments de ce qui nous attend (2) :

"Les acteurs économiques ont tendance à se conduire à la fois rationnellement et irrationnellement. Les travaux en laboratoire ont démontré qu'une partie de notre cerveau endosse la faute pour nombre de nos décisions à court terme économiquement erronées, tandis qu'une autre est responsable des décisions sensées dans ce même domaine de l'économie, prises généralement à plus long terme. Tout comme l'Etat nous protège des asymétries d'information chères à Akerlof en condamnant le délit d'initié, ne devrait il pas aussi nous protéger de nos propres impulsions irrationnelles ?"

Tout en nuançant, cependant : "...Il serait absurde de recourir à l'économie comportementale pour justifier la restauration des régulations étatiques excessives. Après tout, l'Etat n'est pas plus rationnel que l'individu, et ses actions peuvent avoir des conséquences énormément destructrices. La neuroéconomie devrait nous encourager à rendre les marchés plus transparents, et non pas plus régulés"

A la fin de sa vie, en 1936, le prix Nobel Ivan Pavlevitch Pavlov, qui aimait à se présenter à ses collègues scientifiques en Occident comme un réfractaire au système bolchevique, et qui avait pourtant reçu tous les pouvoirs, et tous les privilèges de la part de Lénine, puis de Staline, déclarait dans un aveu renversant, et ce au moment même où plus de cinq millions de paysans étaient déjà morts, des suites de la famine ou de la déportation, et alors que l'URSS vivait sous terreur, que "ses découvertes étaient la base scientifique de l'expérimentation sociale réalisée en l'URSS en vue de l'édification du surhomme soviétique. (3)".

Il y a tout de même une différence d'avec un régime totalitaire, c'est que nous ne pouvons identifier aucune tête véritable à ce programme, qui viendrait en répondre devant un Nuremberg de l'humanité.

Il n'y a pas de théorie du complot à dénoncer, pas de grand décideur, pas de Big Brother qui superviserait les recherches en neurosciences.

Il n'y a pas une tête, mais des têtes, des têtes bien faites pourtant, des chercheurs émérites et doués, aux motivations variées, et qui avancent, en rang dispersé, mais tout à fait déterminé et cohérent, au service d'une cause, celle de la modernité.

Quelle est cette modernité ?

S'agit il de la modernité des Lumières, comme certains, ici ou là, ont pu le soutenir ?

Cependant les Lumières n'ont jamais renié la subjectivité telle que ce nous voyons aujourd'hui à l'oeuvre.

Pourrait on parler d'une modernité de la modernité, une "seconde modernité", une modernité d'un type nouveau, comme tendrait à l'avancer Marie-Jean Sauret dans son ouvrage, L'effet révolutionnaire du symptôme.

Une modernité composée, dit-il, de "l'alliage d'une technoscience entendant fabriquer l'objet qui manque à chacun, et d'une idéologie scientiste soutenant que rien ne doit plus jamais rester impossible ?"

Il y aurait donc un grand Autre de l'Autre, revendiqué par les neurosciences et ce sont les techniques cognitivo-comportementales, des instruments qui permettraient d'agir directement et immédiatement sur le réel.

Pourrions nous cependant être à ce point naïf pour penser que tout cela s'arrêterait là, et que l'homo cognitivus, enfin débarrassé des tracas de la castration, et qui vient de faire chuter la muraille de l'impossible, ne vienne relancer sans cesse l'offre cognitiviste ?

Nous ne le savons pas, mais nous dirigeons vers des techniques encore et toujours plus performantes, d'augmentation cognitive, de "rehaussement" cognitif.

Il s'agit, entre autres, de programmes d'interventions invasives sur le cerveau, on appelle cela la nanorobotique cérébrale, par implantation de microprocesseurs dans telle ou telle zone du cerveau, l'hippocampe par exemple, programmes mal connus du grand public, et pour le moment réservés à l'ingénierie militaire.

Mais oui, l'ingénierie militaire.

Vous pensiez sans doute aux services hospitaliers de rééducation neurologique, où cette recherche viendrait contribuer à proposer une suppléance à des grands déficits neurologiques invalidants, et vous n'y êtes absolument pas.

Car comme l'écrit Joelle Proust, qui présente ces travaux dans un récent numéro de la Revue Le débat (4), avant qu'il soit proposé à tout un chacun de faire librement son marché parmi les dispositifs d'augmentation cognitive, de choisir d'améliorer son raisonnement, sa capacité de planifier, ou la capacité de ses affects, ces programmes sont avant tout destinés à faire la guerre, à fabriquer une nouvelle espèce dans l'humanité, hybridée de l'homme et de la machine, où les limitations de la biologie auraient disparu.

"Que deviendrait l'humanité", demande-t-elle, "si ces techniques étaient confisquées par une faction décidée à imposer ses vues industrielles, religieuses, ou sa domination politique ?".

Fiction, spéculation hasardeuse ?

On repense à Pavlov, aux hommages appuyés qui lui furent rendus par les gouvernements soviétiques, longtemps après sa disparition, au soutien continu qu'il reçut de Staline pour ses recherches.

On repense aussi à Burrhus Frederic Skinner, ce théoricien du behaviorisme à qui la plus grande association de psychologues des Etats Unis, l'Association Américaine de Psychologie, décerna en 1990 le titre de "the most prominent psychologist of the century", et à son roman Walden Two, récemment traduit en français (5), qui décrivait ce que pourrait être une démocratie idéale qui organiserait sa base sociale sur des concepts behavioristes.

On sait qu'à la suite de ce roman, un certain nombre de communautés furent encouragées à se créer, il en persiste toujours une, active depuis plus de trente ans, Los horcones (6), au nord du Mexique, forte d'une cinquantaine de membres, et qu'elle continue à étudier sur ceux-ci l'interaction socio-comportementale.

Le chef de file actuel de la psychologie comportementale sur le continent latino-américain, Ruben Ardila, fit encore mieux, en écrivant un Walden Tres, qui concernait cette fois non plus une communauté d'individus, mais un Etat, une nation, même si pour les besoins du roman, l'expérience tournait mal, et que les protagonistes se retrouvèrent assassinés par la C.IA., ou finirent en prison.

Pour les besoins du roman, seulement, car pour les comportementalistes, il ne fait aucun doute que le type de gestion sociale imaginé par Skinner, l'ingénierie comportementale, devrait inspirer les dirigeants politiques actuels, qu'il s'agisse de l'économie, de l'éducation, des médias, des loisirs, etc...

Roman utopique, vraiment ? Dans Walden deux revisité, calqué sur Retour au meilleur des mondes, d'Huxley, qui avait lui parfaitement décrit les dangers de tous ces mécanismes, et s'était démarqué du 1984 d'Orwell, précisément par l'absence de toute coercition violente sur ses membres, Skinner raconte qu'il reçut un jour un coup de fil d'un fonctionnaire du ministère des affaires étrangères, qui lui confiait que les Etats-Unis devaient arrêter d'exporter l'"américan way of life", et se consacrer à exporter des Walden two à la place. Et Skinner conclut : "De grands changements doivent être réalisés... Quelque chose comme Walden Two ne seraient pas un mauvais commencement".

L'exploitation du thème écologique à l'oeuvre dans Walden two, ne peut ici qu'entrainer l'adhésion du lecteur, qui en effet ne serait pas contre le gaspillage des ressources de la planète, et contre la pollution ? Cependant, qu'en serait-t-il de ceux qui n'adhèreraient pas, justement, de ceux qui seraient rebelles au programme de renforcement cognitif, de ceux qui loin de présenter le "réflexe de servitude" cher à Pavlov lorsqu'il parlait des koulaks russes exterminés, présenteraient "le réflexe de liberté" ?

Quel rapport avec les pacifiques thérapies cognitivo-comportementales ?

Il s'agit tout simplement du même programme politique, et des mêmes conceptions.

Ouvrons les premières pages d'un ouvrage de vulgarisation du cognitivo-comportementalisme, où l'auteur explique au lecteur profane qu'il existe deux types de vulnérabilité, une vulnérabilité génétique individuelle, liée à la personnalité, qui entrerait pour moins de 50% dans la décompensation psychique, et que le reste est expliqué par l'histoire individuelle et les évènements récents, c'est la vulnérabilité historique.

Qu'est ce que cette vulnérabilité génétique signifie ? Où nous mène t elle ?

A l'eugénisme ?

Nous ne sommes pas si éloignés des présupposés et des discours sur la dégénérescence.

Dans ce qui fût certainement sa dernière intervention publique, alors qu'il était déjà très malade, Edouard Zarifian, qui fût, rappelons le, l'un des pionniers en France de l'imagerie cérébrale, dénonçait les limites méthodologiques et l'usage biaisé de tous ces merveilleux appareils qui permettent de visualiser les structures cérébrales.

"Tout ce que l'on peut voir avec ces techniques", disait-il, "c'est ce qui existe chez tous les êtres vivants, à savoir l'universalité des fonctions cognitives du cerveau. En aucun cas, il ne s'agit de la spécificité du fonctionnement psychique d'un individu particulier et unique".

L'usage biaisé, voilà bien l'"evidence biaised medecine", qu'il dénonçait, c'est celui de prétendre pouvoir évaluer un sujet dans sa singularité avec les critères quantifiés et les statistiques des groupes.

Dans le compte-rendu qu'il donne de cette intervention qui avait été organisée sur le thème "La science jusqu'où ?" en 2005 par nos collègues Olivier Douville et Robert Samacher, et publié in extenso dans le numéro 23 de la Revue Psychologie Clinique (7), le Professeur Zarifian raconte qu' invité à un Colloque de l'INSERM où on lui demandait de faire le bilan de sa carrière de chercheur, il avait publiquement déclaré qu'il n'existait aucun index biologique des maladies mentales, aucun index biologique capable de prédire l'évolution d'un trouble psychique, aucun index biologique pas même en pharmacocinétique, capable de prédire la réponse à un traitement médicamenteux.

C'est alors, raconte-t-il, que quelqu'un assis à coté de lui sur la tribune, lui souffle à mi-voix qu'il est en train de scier la branche sur laquelle il est assis.

Le vertueux Édouard Zarifian ne veut pas dire dans son compte-rendu qui est cette sommité qui vient de lui sortir cette énormité. Mais Émile Jalley, autre organisateur de cette manifestation, et qui rend compte par ailleurs de cette intervention, lui, nous vend la mèche (8), il s'agissait de Jean-Pierre Changeux.

Il n'empêche, les thérapies cognitivo-comportementales, nous dit encore Édouard Zarifian, sont devenues, avec la caution de la neuro-psychologie cognitive, la roue de secours des neurosciences, leur plan B, lorsque celles-ci durent admettre leur déception face aux limites des psychotropes, qui soulagent sans guérir.

Aux neuro-sciences les crédits, les bourses de recherche, les chaires d'enseignement, fortes de leur application pratique que sont les TCC, à ces dernières la caution des neurosciences, sur lesquelles elles trouvent leur point d'appui, et d'argument pour éliminer la rivalité que leur cause la psychanalyse.

Car c'est bien d'élimination qu'il s'agit, c'est d'ailleurs le nom littéral que porte le courant "éliminationniste" en France et aux États-Unis, pour réclamer la fermeture des départements de psychologie clinique dans les universités, au prétexte que seule existerait la neuropsychologie.

Le scénario de l'éliminationnisme est banal, à force d'être toujours le même, et chacun a pu le rencontrer dans sa vie, personnelle ou professionnelle. Il s'applique facilement à des individus, comme à des groupes.

Il est tout autant recyclable au sein d'une famille à l'encontre d'un des leurs, que d'une entreprise envers des salariés ciblés, ou par un Etat totalitaire envers ses opposants.

D'abord il s'agit de disqualifier l'autre, par déformation grossière de ses propos, ou par divulgation de mensonges.

C'était par exemple le sinistre Livre noir de la Psychanalyse, ou encore cette réduction infantile de la psychanalyse, définition prise parmi d'autres, dans le dernier ouvrage, bien nommé, TCC et neurosciences, de Jean Cottraux, chef de file actuel des thérapies cognitivo-comportementales en France : "l'exagération de l'insight est la recherche obsessionnelle de manifestations cachées et de pensées forcément abominables qui pourraient expliquer notre comportement. (9)"

Ensuite chercher à l'isoler.

L'étape qui succède immédiatement est de lui faire creuser par lui-même sa propre tombe, en s'assurant de sa collaboration, ce qu'acceptent sans se faire prier un certain nombre de courants analytiques, de les encourager comme étant "la seule psychanalyse acceptable", ce que Pierre Fédida avait résumé d'une formule : La mascarade de la neuropsychanalyse (10).

Une autre tactique est de convoquer Freud comme précurseur des neurosciences pour mieux le récuser par la suite, en donnant l'impression, par un tour de passe-passe, de le reformuler.

Car il est toujours possible, c'est un exercice des plus faciles, d'isoler une phrase, voire un paragraphe entier, des textes de Freud, pour les orienter dans la direction que l'on souhaite, et leur faire dire ce qu'on veut.

Ne cherchez pas, je vous en donne un, de toutes les façons, vous n'auriez pu y échapper à la lecture des pèlerins du cognitivo-comportementalisme : "Toutes nos conceptions provisoires, en psychologie, devront être un jour placées sur la base de supports organiques" (11). Freud. "Pour introduire le narcissisme" (1914).

Mais il vous sera cependant difficile de ne pas lire la tautologie conclusive sur la théorie psychanalytique qui n'est jamais qu'une "fiction mentale consciente, dont il faut bien se garder de chercher une réalité tangible, biographique et biologique, dans l'histoire des rouages cérébraux du sujet analysé (12)".

Troisièmement, acheter le silence des témoins, et des complicités, c'est par exemple les postes que l'on promet aux jeunes chercheurs.

Enfin, nier qu'elle ait jamais existé, et effacer toute trace de son existence, quitte sans craindre les contradictions et les paradoxes, à ouvrir un musée des civilisations disparues. Encourager par exemple à lire Freud, sans jamais citer Lacan, et en soutenant qu'il était le découvreur non pas de l'inconscient, mais du conscient.

Il ne faudra pas oublier de reprendre à son compte les critiques telles que celles que je viens de vous énoncer, pour mieux les qualifier de "neuro-résistances (13)", comme il a pu y avoir en son temps, heureusement défunt, exacte symétrie, des résistances à la psychanalyse.

Il sera ensuite très simple d'entretenir la confusion entre la cause de la souffrance psychique et ses effets.

Tout devient alors possible, et l'autonomie de la vie psychique sur notre vie consciente, sera alors rabattue sur de simples effets des fonctions neurobiologiques.

À suivre...

Notes :

(1) Voir le site internet http : www.lawandneuroscienceproject.org

(2) Guy Sorman Economics does not lie. City journal, été 2008, disponible en ligne sur www.city-journal.org. Cité par Slavoj Zizek Après la tragédie, la farce ! ou comment l'histoire se répète. Flammarion. Bibliothèque des savoirs. 2010. pp.40-41

(3) Voir le documentaire de Boris Rabin : La fabrique du surhomme soviétique. 2009 (All.), première diffusion Arte. Novembre 2009

(4) J. Proust, "Le contrôle de soi : vers un homme nouveau", Le débat, N°157. Novembre-décembre 2009, pp. 124-143

(5) B.F. Skinner, Walden Two. Communauté expérimentale, Éd. In Press, 2005.

(6) Voir leur site internet (en anglais et en espagnol) : www.loshorcones.org

(7) E. Zarifian, "Neurosciences et psychismes : les risques et les conséquences d'un quiproquo", In "Les progrès de la science jusqu'où ?", Revue Psychologie clinique, N°23, p.18.

(8) E. Jalley, La guerre des psys continue. La psychanalyse française en lutte, L'Harmattan, 2007, p.369

(9) J. Cottraux, TCC et neurosciences, 2009, Masson, p.VIII

(10) P. Fédida, "La mascarade de la neuropsychanalyse", La recherche Hors Série . n°3.

(11) S. Freud, "Pour introduire le narcissisme" (1914), In La vie sexuelle, Paris, PUF, 1973. 4ème édition. p.86

(12) L. Naccache, Le Nouvel inconscient. Freud, le Christophe Colomb des neurosciences, Odile Jacob Poches, Février 2009, p.432

(13) L. Naccache, "Neuro-résistances", Le débat, n°152, Nov.-Déc. 2008, pp.154-161

vendredi 26 mars 2010

POUR UNE SPIRITUALITÉ RÉPUBLICAINE ZEN


Le philosophe et homme politique Vincent Peillon, nous a fait redécouvrir avec intérêt l'approche de la laïcité de Ferdinand Buisson. Prix Nobel de la paix en 1927, ce dernier a tenté d'instaurer une religion de l'humanité, une spiritualité laïque et dirigea l'écriture d'une véritable "bible de l'école laïque et républicaine". Aujourd'hui, cette démarche est à plus d'un titre exemplaire car elle montre qu'à la base de l'instauration de notre République, il y avait une inspiration philosophique et idéologique basée sur une dimension spirituelle indispensable à l'homme, que l'on a tendance à oublier et qui s'est lentement essoufflée. Ce qui semble cependant assez surréaliste, c'est la figure du "Christ républicain" qu'il a promue et qui aujourd'hui est peut-être obsolète, car basée sur un véritable oxymore...
La figure de Bouddha serait-elle aussi incongrue accollée à l'idée de République? Toujours est-il que les préceptes bouddhistes sont parfaitement laïques et aident à nous connecter à notre véritable nature. Le corps et l'esprit sont alors unifiés dans la pratique de l'octuple sentier. La reconnaissance des lois de l'interdépendance, de l'impermanence et de la vacuité permettent de respecter chaque être vivant et de développer altruisme bienveillance et compassion. Ces bases spirituelles pourraient servir de fondations à une pratique de la pédagogie basée sur le développement, non seulement de l'intellect, mais aussi du corps (le nôtre, mais aussi celui de l'autre), de l'inconscient, de l'intuition, de la méditation. Autant de dimensions à explorer pour faire des citoyens civilisés et responsables.

jeudi 25 mars 2010

S'IL N'Y A QUE DU LANGAGE...


"S'il n'y a que du langage la mère est un mot et son sens c'est le père"
Guy Massat, "Psychanalyse et mythologie"

Cette phrase s'est tout d'abord posée comme une énigme. Puis je me suis rappelé cette dissymétrie que pose la psychanalyse entre les fonctions maternelle et paternelle. Mère est alors posé comme mot, signifiant replié sur lui-même, sans ouverture sur un quelconque sens puisqu'il représente cette complétude originelle hors sens, hors toute chaine signifiante. Le Père vient ensuite poser cette coupure symbolique faisant naître le sens et donc le désir..."

vendredi 12 mars 2010

Les banksters


Extraits de l'article de J. Cl. Guillebaud dans le TéléObs du 4 mars 2010: "Violences à l'horizon", en réaction à l'émission "C dans l'air" de Yves Calvi du 19 février 2010

"(...) Rappelons que le "Petit Robert" donne du mot "prévarication" une définition qui n'implique pas forcément l'illégalité. Venu d'un mot grec qui signifie "abandon de la loi divine", le substantif désigne un acte de mauvaise foi commis dans une gestion. A ce titre, les dirigeants de la banque Goldman Sachs - et avec eux tous ceux qu'on appelle outre-Atlantique les banksters de Wall Street - agissent bel et bien en prévaricateurs sans foi ni scrupules. (...) Non seulement nous comprenons mieux les stratégies obliques de Goldman Sachs, capable d'encourager - coûteusement - un pays à dissimuler ses comptes puis, aussitôt après, de spéculer sur la déroute de son propre client, quitte à mettre au passage l'euro en difficulté. Les lois peuvent dire ce qu'elles veulent, force est d'admettre qu'un escroc classique n'agit pas différemment. Ainsi donc la première banque des Etats-Unis se comporte-t-elle en pure prédatrice, guidée par cet unique et étrange tropisme, la cupidité, que dénonce le prix Nobel Joseph E. Stiglitz, dans son dernier livre, "le Triomphe de la Cupidité". Il y a pire. On nous rappelle maintenant que les dirigeants - ou anciens dirigeants - de ladite banque ont infiltré la pouvoir politique américain, Maison-Blanche comprise. On en rencontre à la tête de la FED (la Réserve Fédérale), dans le proche entourage de Bill Clinton et, aujourd'hui, dans l'entourage d'Obama lui-même. Cela signifie que la direction de la première puissance du monde est largement subvertie, voire arraisonnée, par des "experts" qu'en d'autres temps on aurait qualifiés de forbans. Vu de loin, le "rêve américain" semble pulvérisé par l'empire de la cupidité.
Songeons aux conséquences lointaines de cet engloutissement moral. Vu de dehors, ce n'est pas seulement l'image de l'Amérique qui s'en trouve atteinte, mais celle de l'Occident tout entier. Pourrions-nous défendre les droits de l'homme, la démocratie, la liberté, le statut de la femme et le reste, si nous sommes perçus comme une anti-civilisation principalement gouvernée par la goinfrerie et le mensonge? Que pèseront les dédaigneuses critiques adressées à la "radicalité politique" d'extrême gauche quand nous serons, pour de bon, dans la main des banquiers? Apercevons-nous le boulevard qu'ouvre durablement aux terroristes la démence avérée d'un système prétendument "universel"? Attendons-nous à ce qu'elle allume un jour ou l'autre, en retour, des violences dont nul ne peut prévoir l'ampleur. Le fondateur de la république tchèque, Tomàs Garrigue Mazayik adressait en 1914 à ses militants l'avertissement suivant: "Pour affronter durablement une tyrannie, commencez par deux principes: ne mentez pas, ne volez pas." Les maîtres du moment - et du monde - font l'inverse. Les sots!" J.Cl.G.